Olivier, un pionnier de la bio au Château le Parvis Dom Tapiau

En ce matin ensoleillé de la fin mars, c’est avec joie que nous entamons ce petit “Tour de l’Entre-Deux-Mer en résilience alimentaire”. Jocelyn, Léa, Marion et moi-même nous rendons sur les hauteurs de Camblanes-et-Meynac, sur la propriété du château Le Parvis de Dom Tapiau. L’occasion de découvrir la démarche d’un pionnier de la bio !

A notre arrivée, nous sommes chaleureusement accueillis par Olivier Reumaux, qui tout de suite entre dans le vif du sujet : ses parents ont acheté la propriété en 1975, elle représentait six hectares de vignes au départ. Il a repris la propriété en 1990 avec l’envie de valoriser au mieux le produit. Après sa formation aux métiers agricoles, il assume déjà son envie de défendre une autre vision de l’agriculture : « à l’époque les autres ne cessent d’acheter de la surface, mais je choisis de faire autrement », explique celui qui en 1993 passe en bio, « sans soutien et sans rien dire à personne ». La certification bio Ecocert obtenue en 1999, il commence à vendre sur le marché Belge, très demandeur. En France, les producteurs bio sont encore perçus comme des personnes déraisonnables et peu fréquentables.

En 2008, bien conscient qu’il est irrationnel d’être en monoculture quand on entame une démarche d’agriculture biologique, il commence à cultiver des légumes. Pour la petite histoire, ce sont ses clients, qui en venant chercher leur vin à la propriété, en vente directe, demandent à Olivier et son épouse s’ils n’ont pas quelques légumes à vendre. Ce qu’ils font bien volontiers, avant de développer plus largement le maraîchage : aujourd’hui, trois hectares sont consacrés au maraîchage de culture de plein champ, et trois autres à une culture d’oignons et de pommes de terre (une partie de ses cultures sont dans les palus en bord de Garonne). En 2012, toujours pour diversifier sa production, Olivier ajoute un atelier de poules pondeuses : 249 poules qui fournissent, entre autres, les œufs du BREC (le reste est vendu en direct à la ferme, le BREC étant en mesure de les vendre car Olivier est coopérateur, NDRL). Autre avantage : ces poules fertilisent les sols en se baladant dans les vignes, ce que permet l’atelier itinérant, sorte de « mobil home à glyphopoule » rigole-t-il, heureux d’avoir ainsi une solution naturelle pour assurer la qualité de son sol.

Une équipe soudée

Dans les rangs de vignes ce matin-là s’activent Pauline et Christina : nous les rejoignons en admirant sur notre passage l’orge et la féverole qui travaillent et fertilisent le sol. Les deux jeunes femmes terminent de tailler les vignes et tirer les bois avec bonne humeur : « Je suis arrivée ici en étant formée à rien mais hyper motivée » confie Pauline. Olivier décide de faire confiance à sa motivation en l’embauchant en 2019. Idem pour Christina, auparavant violoniste, formée comme ouvrière agricole et comme tailleuse de vignes : arrivée pour sa part pendant le confinement, en mars 2020, elle est ici dans son élément et continue d’apprendre. « Cela aurait été impossible en culture conventionnelle, ici on ne s’ennuie pas, y a zéro routine ! » Elles apprécient de travailler pour un entrepreneur aussi visionnaire et sympathique. Et lui est heureux d’avoir une équipe vaillante, volontaire et engagée.

Et il en faut, du courage pour travailler comme le fait cette petite équipe : pour assurer une production constante. Les plantations doivent être effectuées régulièrement, en plantant 600 à 800 salades tous les quinze jours par exemple ! Dans le chais aussi il y a du maille, et c’est Nicolas (le fils d’Olivier) qui est aux manettes pour gérer les 30 000 bouteilles produites tous les ans. Les rythmes et les savoirs-faire sont différents, et l’organisation se doit d’être rigoureuse.

Alors pour faciliter le travail de chacun, Olivier n’hésite pas à innover par la débrouille : fan de l’Atelier Paysan, il élabore des outils qui facilitent le travail maraîcher. Il a montré à Pauline comment souder et n’hésite pas à enrichir les plans de la communauté avec les adaptations qu’ils ont faites de leurs propres outils. Un esprit de coopération et de solidarité fidèle à l’état d’esprit qui les anime en toutes circonstances, même pendant les épisodes de gel. Une preuve, s’il en faut, que son modèle lui permet d’assurer ses arrières.

Et quand il se projette dans l’avenir, Olivier rêve d’agroforesterie. Il commence à peine à planter quelques fruitiers à Camblanes et rêve d’acquérir d’autres espaces par la suite pour prolonger la démarche. Reste que le prix de la terre s’envole, et que beaucoup n’attendent qu’une chose : transformer leurs surfaces agricoles en terrains constructibles pour les vendre à prix d’or… Gageons que son esprit à contre-courant arrivera encore une fois à aller au bout de ses fins !

Texte : Anne Sophie NOVEL / Photographies © Marion PARENT

Château Le Parvis de Dom Tapiau
20, chemin de la Croix de Beylot
33360 Camblanes et Meynac
Téléphone : 05 56 20 15 62
https://www.chateauleparvis.fr/

Horaires d’ouverture :
Du mardi au vendredi de 14h à 18h
Le samedi de 10h à 13h